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 Romans de Chrétien de Troyes

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Melior
Ancien Régnant
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Nombre de messages : 1143
Date d'inscription : 01/03/2007

MessageSujet: Romans de Chrétien de Troyes   03.08.08 9:20

Yvain le chevalier au lion


Citation :



Li boins roys Artus de Bretaigne,
La qui proeche nous ensengne
Que nous soions preus et courtois,
Tint court si riche conme rois
A chele feste qui tant couste,
C'on doit nonmer le Penthecouste.
Li rois fu a Cardoeil en Gales;
Aprés mengier, parmi les sales,
Li chevalier s'atropelerent
La ou dames les apelerent
Ou damoiseles ou pucheles.
Li un recontoient nouveles,
Li autres parloient d'Amours,
Des angousses et des dolours
Et des grant biens qu'en ont souvant
Li desiple de son couvant,
Qui lors estoient riche et gens;
Mais il y a petit des siens,
Qui a bien pres l'ont tuit laissie,
S'en est Amours mout abaissie;
Car chil qui soloient amer
Se faisoient courtois clamer,
Que preu et largue et honnorable;
Mais or est tout tourné a fable,
Car tiex y a qui riens n'en sentent,
Dïent qu'il ayment et si mentent,
Et chil fable, menchongne en font
Qui s'en vantent et droit n'i ont.
Mais pour parler de chix qui furent,
Laissons chix qui en vie durent,
Qu'encor vaut mix, che m'est avis,
Un courtois mors c'uns vilains vis.


Tout commence un après-midi de Pentecôte, à la cour d'Arthur à Carduel. Le repas terminé, le roi et la reine se sont retirés, et certains chevaliers, désoeuvrés, s'adonnent à des commentaires sur cette disparition, d'autres vont tenir quelque discours amoureux à de gentes demoiselles. Un groupe de chevaliers s'est mis à l'écart, parmi eux Calogrenant, le cousin d'Yvain. Il leur conte une aventure qui lui est arrivée sept années auparavant. Cheminant au hasard des routes, à la quête d'exploits chevaleresques fait la rencontre d'un étrange gardien de taureaux :

L'ostel gaires eslongié n'oi
Quant je trouvai en .i. cossars
Tors sauvages et esparars
Qui s'entreconbatoient tuit
Et demenoient si grant bruit
Que de paour me trais arriere,
Que nule beste n'est plus fiere
Ne plus orgueilleuse de tor.
Uns vilains qui resambloit Mor,
Grans et hideus a desmesure
Et si tres laide creature
Que nus porroit dire de bouche,
Ychil seoit seur une çouche,
Une grant machue en se main.
Je m'aprochay vers le vilain
Et vi qu'il eut grosse la teste
Plus que ronchins ne autre beste,
Cheveuz ot noirs et front pelé,
S'out bien .ii. espanes de lé,
Oreilles moussues et grans
Aussi con a .i. oliffans,
Les sourchis grans et le vis plat,
Le coulle noire, nes de chat,
Bouche fendue conme lous,
Dens de sengler agus et rous,
Barbe noire et grenons tortis,
Et le menton aers au pis,
Longue eskine, torte et bochue.

Celui-ci lui indique une Fontaine Merveilleuse, qui déclenche une tempête si l'on verser de l'eau sur son perron. Calogrenant provoque la tempête, arrive alors un redoutable chevalier qui lui inflige une sévère correction. Le sénéchal Keu ne manque pas de railler Calogrenant. Yvain piqué au vif par ces moqueries, décide de partir seul, et de venger l'honneur de son cousin. Comme lui, il renverse l'eau de la fontaine merveilleuse sur le perron, ce qui déclenche une affreuse tempête. Rendu furieux par les dégâts provoqués sur ses terres, Esclados le Roux, le châtelain du domaine attaque Yvain.
Au cours de ce combat, le jeune chevalier blesse grièvement son adversaire et le poursuit sans pitié jusqu'à l'intérieur du château, le tuant finalement. Pris au piège dans le château, le chevalier semble promis à une mort certaine, quand intervient Lunete. La demoiselle le reconnaît, il avait été le seul à se montrer courtois à son égard lorsqu'elle s'était rendue à la cour du roi Arthur. Elle décide donc de lui venir en aide et lui remet un anneau d'invisibilité, qui lui permet d'échapper à ses poursuivants. Alors qu'il est invisible, Yvain observe à loisir la jeune veuve et en tombe éperdument amoureux. Mais comment se faire aimer d'elle ? Lui le meurtrier de son époux ?

_________________
Duchesse de Castelmoron d'Albret, Vicomtesse de Beaumont en Périgord
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Melior
Ancien Régnant
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Nombre de messages : 1143
Date d'inscription : 01/03/2007

MessageSujet: Re: Romans de Chrétien de Troyes   03.08.08 9:33

Citation :
La malicieuse Lunete ne tarde pas à découvrir quel mal ronge le chevalier et intercède auprès de sa maîtresse, Laudine, pour obtenir d'elle qu'elle prenne pour époux Yvain. La dame, d'abord rétive, se laisse ensuite convaincre lorsque la suivante lui fait entendre qu'elle se doit d'épouser un meilleur chevalier que son défunt mari, et quel meilleur chevalier que celui qui l'a vaincu en duel ? Malgré le trouble qui saisit le jeune homme quand il se présente devant Laudine, il se montre suffisamment éloquent pour obtenir sa main.

Arthur et sa cour finissent par arriver jusqu'à la fontaine merveilleuse, Yvain, qui en est devenu le nouveau gardien, inflige à Keu, venu le provoquer, une humiliante défaite. Le chevalier dévoile alors son identité et s'ensuivent des festivités durant lesquelles chacun goûte la douceur de vivre dans le domaine de Laudine. Mais voilà que l'on raille Yvain de délaisser les combats pour s'adonner uniquement à la passion qu'il éprouve pour son épouse.
Poussé par Gauvain, Yvain obtient de Laudine l'autorisation de s'absenter durant un an, pour courir les tournois, mais passée cette date, elle lui retirera son amour. Yvain, tout au plaisir de se couvrir de gloire, oublie sa promesse. Laudine envoie une jeune fille dénoncer cette trahison devant la cour du roi Arthur et récupérer la bague qu'elle avait confiée à Yvain. Elle ne veut plus le revoir. Fou de douleur, le jeune chevalier se coupe de la société, déchirant ses vêtements et va se terrer dans la forêt, vivant comme un sauvage. Un ermite se prend d'amitié pour lui et vient à son secours, jusqu'au moment où une demoiselle le reconnaît et le conduit chez sa maîtresse. Elle guérit le chevalier de sa folie grace à un onguent magique préparé par Morgane. Pour la remercier, Yvain triomphe de son ennemi, le comte Alier, puis quitte le château, insensible aux offres de la dame.

Sur la route, il délivre un lion attaqué par un serpent :


Mesire Yvains pensis chemine
Tant qu'il vint en une gaudine
Et lor oÿ enmi le gaut
Un cri mout dolereus et haut.
Si s'esdrecha leus vers le cri,
Chele part ou il l'ot oÿ,
Et quant il parvint chele part
Vit .i. lion, en .i. essart,
Et .i. serpent qui le tenoit
Par le keue, si li ardoit
Toutes les rains de flambe ardant.
N'ala mie mout regardant
Mesire Yvains chele merveille;
A lui meïsmes se conseille
Auquel des deuz il aidera.
Lor dist c'au lyon aidera,
Qu'a enuious et a felon
Ne doit on faire se mal non,
Et li serpens est enuious,
Si li saut par la goule fus,
Tant est de felonnie plains.
Che se pense mesire Yvains
Qu'il l'ochirra premierement;
L'espee trait et vient avant
Et met l'escu devant se faiche,
Que la flambe mal ne li faiche
Que il getoit parmi la gole,
Qui plus estoit lee d'un ole.
Cheli* lions aprés l'assaut,
De la bataille ne li faut;
Mais quoi qu'il en aviengne aprés,
Aidier li vaurra il adés,
Que pités l'en semont et prie
Qu'il faiche secours et aÿe
A la beste gentil et franche.
A l'espee fourbie et blanche
Va le felon serpent requerre;
Si le trenche jusques en terre
Et les .ii. moitiez retronchonne,
Fiert et refiert, et tant l'en donne
Que tout l'amenuse et depieche.

La noble bête délivrée du serpent ne se comporte pas comme un animal sauvage, mais pour remercier son sauveur prend la posture d'un vassal face à un seigneur, et en toute humilité lui prête hommage. Les deux compagnons ne se sépareront désormais plus.
Un jour, Yvain découvre Lunete, elle va être brûlée pour trahison, pour avoir poussé sa maîtresse à épouser un chevalier sans parole. Il promet son aide à son ancienne alliée pour le lendemain, et poursuit sa route.
Le chevalier au lion arrive dans une ville où il est accueilli par un vavasseur, en proie à un grand tourment. Un terrible géant, répondant au nom d'Harpin a enlevé ses fils, et il menace de les tuer si le seigneur ne lui remet pas sa fille. Il promet à celle-ci une funeste destinée, être abandonnée aux mains des garçons les plus vils et les plus dégoûtants qu'il trouvera dans sa maison, pour leur seul plaisir. Le sang d'Yvain ne fait qu'un tour et il provoque le géant en duel. Le combat est violent, mais avec l'intervention du lion, le chevalier remporte la victoire.




Il retourne alors retrouver Lunete, qui l'a désigné comme champion pour l'ordalie. Le jeune homme affronte trois sénéchaux, les accusateurs de la pucelle et innocente celle-ci par une nouvelle victoire. Laudine, qui assiste à l'ordalie, ne reconnaît pas son époux, dissimulé par son armure. Lunete, obtenant ainsi la vie sauve, promet à Yvain de tout faire pour le réconcilier avec sa dame. Celui-ci, ne pouvant encore avoir le pardon de son aimée, reprend la route.
Chemin faisant, il rencontre une demoiselle, envoyée par la cadette du seigneur de la Noire Espine. Celle-ci pleure la mort de son père, et par l'entremise de sa messagère, lui demande son aide, car elle a été déshéritée par son aînée. Yvain accepte. En se rendant à la cour du roi Arthur, les trois compagnons font halte au château de Pesme Aventure, ils y trouvent là trois cent jeunes filles prisonnières, condamnées à vivre comme des esclaves. Le château, en vérité, subit le joug de deux démons. Le chevalier au lion les affronte et délivre les captives de leur affreuse condition. Le seigneur du château lui offre la main de sa fille, mais Yvain, toujours épris de Laudine, refuse.

Le chevalier, toujours accompagné de la demoiselle et du lion parvient enfin à la cour du roi. Le duel entre les deux champions des soeurs de Noire Espine s'engage. Ce sont deux chevaliers preux et courtois, qui portent leurs coups avec violence et adresse. Les spectateurs sont subjugués par la valeur des deux combattants, dont tous ignorent l'identité masquée par leurs heaumes, et en viennent à regretter que de tels chevaliers soient blessés ou même tués lors de cette ordalie. Le roi Arthur tente de raisonner l'aînée des deux soeurs, mais rien n'y fait. Le jour passe, et les deux combattants s'affrontent avec toujours autant de détermination, mais la nuit tombe et la fatigue les gagne. La voix rauque, épuisé par tant d'efforts, Yvain s'adresse à son adversaire, louant son adresse au combat. Le chevalier lui répond tout aussi courtoisement et se présente à lui, il n'est autre que Gauvain son fidèle ami. Lorsqu'Yvain entend cela, il est ébahi, éperdu, il jette son épée ensanglantée à terre ainsi que son écu brisé et se lamente :
« Has, las ! Quelle mésaventure, s'écrie-t-il, nous nous sommes battus par une méprise affreuse, ne nous étant pas reconnus ; jamais je n'eusse bataillé contre vous, mais je me dusse avoué recréant avec le combat, je vous le jure. »
Gauvain, reconnaissant à son tour son ami, veut également s'avouer vaincu. L'ensemble de la cour assiste alors à une étrange scène où après s'être combattus avec une extrême férocité, les deux chevaliers s'accolent et se disputent la défaite. Devant l'entêtement et la méchanceté de l'aînée des deux soeurs, le roi Arthur recourt à la ruse :
« Où est, dit-il, la demoiselle qui a chassé sa soeur de sa terre, et l'a de force et sans pitié déshéritée ?
- Sire, me voici.
- Vous êtes là ? Venez donc. Je sais depuis longtemps que vous avez déshérité votre soeur ; vous me l'avez avoué ; son droit ne sera donc plus contesté. Il vous faut de nécessité la déclarer quitte. »

Justice est donc rendue, non par la violence, mais par la sagesse.
Yvain songe encore à Laudine, qu'il aime plus que tout et décide d'obtenir son pardon car il ne peut plus vivre sans elle. Il retourne une dernière fois à la fontaine merveilleuse et déclenche une nouvelle tempête. La dame ne sait que faire, elle craint que son domaine ne soit détruit, en l'absence d'un défenseur. L'habile Lunete suggère alors à Laudine de recourir aux services du chevalier au lion, mais pour cela, elle doit jurer de faire en sorte de réconcilier le chevalier avec sa dame. Laudine, ne se doutant pas que le chevalier au lion n'est autre que son époux, accepte. Quelle n'est pas sa surprise quand Yvain retire son heaume et se présente à elle. Mais elle a prêté serment et ne peut se parjurer. Feignant la colère, touchée par les paroles du chevalier, la dame lui accorde son pardon.


Or a mesire Yvains sa pais.
Saichiés de voir que onques mais
Ne fu de riens nule si liés,
Conment qu'il ait esté yriés.
Mout en est a boin chief venus,
Qu'il est amés et chiers tenus
De sa dame, et ele de luy.
Ne li souvient de nul anuy,
Que par la joie les oublie
Qu'il a de sa tres chiere amie.
Et Lunete tient il mout aise:
Ne li faut chose qu'il li plaise,
Que ele l'a a gré servi.
De mesire Yvain lairons chi
Et de s'amie chiere et fine.
De si vaillant ronmans ne fine,
Chertains soient ronmancheour,
C'onques plus conter en nul jour
N'en oÿrent ne ja n'orront
Se menchonnes trouver n'i vont.


_________________
Duchesse de Castelmoron d'Albret, Vicomtesse de Beaumont en Périgord
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